Je n'ai pas découvert l'entreprise dans les livres. Je l'ai vue de près, très jeune, à travers mon père. Un entrepreneur parti de rien, qui a travaillé toute sa carrière avec une intensité que peu de gens imaginent : souvent plus de 60 heures par semaine, avec les responsabilités, les risques, la trésorerie, les salariés, les clients, les banques, les imprévus.
C'est là que j'ai appris mes premières leçons sur le travail, l'argent et la liberté.
Pas dans un tableur Excel. Dans la vraie vie.
J'ai compris tôt qu'un euro gagné n'a pas qu'une valeur comptable. Il représente du temps, de l'énergie, du risque, parfois du stress. Et qu'il existe une différence énorme entre gagner de l'argent à un instant donné et construire une vraie sécurité financière.
Depuis, mon parcours s'est construit dans l'entrepreneuriat : automobile, immobilier, conseil. J'ai créé, repris, développé, structuré. Aujourd'hui je gère plusieurs sociétés, avec tout ce que cela implique — dette, trésorerie, fiscalité, arbitrages, management, vision long terme.
Et pourtant, sur le sujet le plus important, j'ai mis des années à voir l'évidence.
2018. Je décide enfin d'investir sur les marchés financiers.
Mais prudemment. Trop prudemment. Je place une petite partie de mon capital personnel — pas la trésorerie de mes sociétés. Je n'avais pas une confiance absolue dans ce que j'avais lu chez les plus grands investisseurs américains — Warren Buffett, Benjamin Graham, John Bogle. Je voulais « voir », tester, ne pas me tromper.
Pendant ce temps, l'essentiel dormait. La majeure partie de mon épargne personnelle, comme la trésorerie de mes sociétés, restait sur des comptes, à ne rien faire. En sécurité, me disais-je.
Voici ce que cette prudence a coûté.
Depuis début 2018 — un peu plus de huit ans — un indice actions mondial (le MSCI World, dividendes réinvestis, hors effet de change) a été multiplié par environ 2,7. Autrement dit : 100 000 € placés à l'époque en vaudraient aujourd'hui de l'ordre de 270 000 €. Près de 12 % par an, en moyenne.
Je veux être honnête immédiatement, parce que c'est précisément la raison d'être de cette lettre : cette période a été l'une des plus favorables de l'histoire récente des marchés. La moyenne sur le très long terme est plutôt autour de 7 % par an. Et les marchés ne montent jamais en ligne droite : sur le chemin, il faut être capable d'encaisser des baisses de 20, 30, parfois 50 %, sans paniquer ni vendre au pire moment. Personne ne peut promettre 12 % par an. D’ailleurs méfiez-vous de quiconque le fait.
Mais même en retenant une hypothèse beaucoup plus prudente, le constat ne bouge pas : laisser une épargne dormir pendant huit ans a un coût réel et silencieux.
D'autant que, dans le même temps, l'inflation a grignoté plus de 15 % du pouvoir d'achat de ce cash « en sécurité ». Une trésorerie qui dort ne fait pas du surplace. Elle recule.
Et c'est là qu'est la vraie leçon. Avec le recul, mon erreur n'a pas été d'investir trop peu. C'était d'avoir laissé tout le reste dormir.
Le vrai sujet n'est pas de travailler dur. C'est de faire en sorte que l'argent gagné se mette, lui aussi, à travailler.
Une phrase souvent attribué à Warren Buffett le dit mieux que moi :
« Si vous ne trouvez pas un moyen de gagner de l'argent pendant que vous dormez, vous travaillerez jusqu'à la fin de votre vie. »
Je l'avais lue dix fois. Je ne l'ai vraiment comprise qu'en regardant ce que ma prudence m'avait coûté.
Car tant que l'on dépend uniquement de sa présence, de son temps, de sa capacité personnelle à produire, on reste fragile.
Même avec de bons revenus.
Même avec une belle entreprise.
Même avec un beau métier.
Une société peut tourner et rester totalement dépendante de son dirigeant.
Une activité peut générer du cash sans jamais créer de patrimoine. C'est particulièrement vrai pour un professionnel de santé, dont presque tout le revenu repose, jour après jour, sur sa propre capacité à exercer.
Alors je crois qu'un dirigeant, un professionnel libéral, un médecin — ou n’importe quel individu sérieux — gagne à apprendre à penser comme un allocateur de capital. C'est-à-dire à se poser de meilleures questions :
Que fais-je vraiment de l'argent que je gagne ?
Mon patrimoine travaille-t-il pour moi, ou dort-il ?
Suis-je trop dépendant de mon activité principale ?
Ma famille est-elle protégée si je ne peux plus travailler demain ?
Ma retraite repose-t-elle sur une stratégie que je pilote, ou sur la promesse de l’État ?
Est-ce que je construis quelque chose qui pourra exister sans ma présence permanente ?
Ces questions ne sont pas théoriques. Elles sont très concrètes. Et la plupart d'entre nous les repoussent — jusqu'au jour où il est tard.
C'est pour y répondre, sans jargon et sans promesse irréaliste, que j'ai créé La Lettre Clariva.
Je suis William Pitot, entrepreneur, investisseur et fondateur de Clariva, un cabinet indépendant d'accompagnement patrimonial. Ici, je parlerai simplement des sujets qui changent une trajectoire : investissement, fiscalité, retraite, transmission, allocation du capital.
Pas pour vendre du rêve. Pas pour courir après la dernière tendance. Pour remettre de la clarté là où trop de décisions importantes sont prises trop tard, ou pas du tout.
Ma conviction tient en trois temps :
Gagner de l'argent est une première étape.
Le protéger et le structurer est indispensable.
Le mettre au travail intelligemment, sur le long terme — c'est souvent ce qui change réellement une trajectoire.
Dans ce domaine j’apprends chaque jour. Autant que cela vous serve.
