Bitcoin : investissement ou monnaie alternative ?

Bitcoin provoque toujours les mêmes réactions.

Quand il monte, certains expliquent qu’il est devenu incontournable.
Quand il baisse, d’autres annoncent sa fin.

À mon sens, ces deux lectures sont incomplètes.

Le vrai sujet n’est pas de savoir si Bitcoin vient de monter ou de baisser. Il a déjà connu des hausses spectaculaires et des chutes très violentes. Il en connaîtra probablement d’autres.

La vraie question est plutôt :

De quelle nature est réellement cet actif ?

Et c’est là que ma position est assez claire : je ne considère pas Bitcoin comme un investissement classique.

Je ne le mets pas dans la même famille qu’une entreprise, qu’un bien immobilier, qu’une obligation ou qu’un actif productif.

Je le vois plutôt comme une forme d’actif monétaire alternatif. Une sorte de monnaie non classique, numérique, décentralisée, limitée en quantité, mais avec une volatilité extrêmement élevée.

Cette nuance change tout.

Quand j’achète une action de qualité, je possède une part d’entreprise. Derrière cette action, il y a des clients, des produits, des services, du chiffre d’affaires, des marges, des bénéfices, du cash-flow, parfois des dividendes, parfois des rachats d’actions, et une capacité à réinvestir pour créer davantage de valeur dans le temps.

Quand j’achète de l’immobilier, je possède un actif tangible qui peut générer des loyers.

Quand j’achète une obligation, je prête de l’argent en échange d’un intérêt.

Dans ces trois cas, l’actif peut être analysé à partir de flux économiques.

Ce n’est pas parfait. Ce n’est jamais garanti. Mais il existe une logique de production ou de rendement identifiable.

Avec Bitcoin, c’est différent.

Bitcoin ne génère pas de chiffre d’affaires.
Bitcoin ne produit pas de bénéfices.
Bitcoin ne verse pas de dividendes.
Bitcoin ne distribue pas de loyers.
Bitcoin ne rachète pas ses propres unités.
Bitcoin ne réinvestit pas de cash-flow.

Sa valeur repose sur autre chose : la rareté programmée, la confiance, l’adoption, la liquidité, le récit collectif, la défiance envers les monnaies classiques, et le prix qu’un autre acheteur sera prêt à payer demain.

Cela ne veut pas dire que Bitcoin ne vaut rien.

Cela veut dire que sa valeur n’est pas de même nature que celle d’un actif productif.

Et c’est précisément pour cela que je pense qu’il faut faire très attention au vocabulaire.

Dire “j’investis dans Bitcoin” peut donner l’impression que l’on achète un actif comparable à une entreprise ou à un bien immobilier.

À mes yeux, ce n’est pas le cas.

On ne devrait pas dire : “j’investis dans Bitcoin” comme on dirait “j’investis dans une entreprise”.

On devrait plutôt dire :

“Je m’expose à Bitcoin.”

Et cette exposition doit être comprise pour ce qu’elle est : une exposition à un actif monétaire alternatif, très volatil, dont la valeur dépend essentiellement de la confiance et de l’adoption.

Cela peut avoir du sens pour certains profils.

Par exemple, quelqu’un qui souhaite avoir une petite exposition à un actif hors système bancaire classique, qui accepte une volatilité très forte, qui comprend qu’il peut perdre une part importante de son capital, et qui ne confond pas cela avec le cœur d’une stratégie patrimoniale.

Mais ce n’est pas mon approche principale.

Ma philosophie patrimoniale repose d’abord sur les actifs productifs.

Des entreprises qui génèrent du cash-flow.
De l’immobilier qui encaisse des loyers.
Des obligations qui versent un intérêt.
Des activités entrepreneuriales qui créent de la valeur.

Je préfère que mon patrimoine repose majoritairement sur des actifs capables de produire quelque chose, même imparfaitement, plutôt que sur un actif dont la valeur dépend principalement de la confiance collective.

Bitcoin peut monter fortement.

Bitcoin peut aussi baisser très violemment.

Mais, dans les deux cas, ma grille de lecture ne change pas.

Je ne juge pas Bitcoin uniquement à son prix.

Je le juge à sa nature économique.

Et cette nature économique me semble plus proche d’un actif monétaire spéculatif que d’un investissement productif.

C’est une distinction essentielle.

L’or, par exemple, ne produit pas non plus de cash-flow. Pourtant, il peut jouer un rôle dans certains patrimoines : réserve de valeur, actif de défiance, protection psychologique ou monétaire dans certaines périodes.

Bitcoin peut être vu par certains comme une forme d’or numérique.

Je peux comprendre cette thèse.

Mais même dans ce cas, il faut accepter la conséquence : on n’achète pas un actif productif. On achète une forme de réserve de valeur potentielle, très volatile, dont la valeur future dépendra de l’adoption et de la confiance.

Ce n’est pas la même chose.

À titre personnel, je ne détiens ni Bitcoin ni or.

Ce n’est pas parce que je pense que ces actifs ne peuvent pas monter. Au contraire, il ne me semblerait pas impossible que Bitcoin atteigne un jour des niveaux beaucoup plus élevés, pourquoi pas 500 000 dollars ou davantage.

Mais ce n’est pas parce qu’un actif peut fortement monter qu’il entre forcément dans ma stratégie patrimoniale.

Aujourd’hui, mon patrimoine est déjà exposé à plusieurs actifs productifs : des entreprises non cotées que je dirige, des parts d’entreprises cotées, et de l’immobilier. Ces actifs ont un point commun : ils peuvent générer de la valeur économique identifiable.

Une entreprise peut produire du chiffre d’affaires, des marges et du cash-flow.
Un bien immobilier peut générer des loyers.
Une activité entrepreneuriale peut créer de la valeur dans le temps.

Avec Bitcoin ou l’or, je n’ai pas cette même grille de lecture.

Je ne ressens donc pas le besoin d’en détenir simplement “pour diversifier”. La diversification n’a de sens que si l’on comprend réellement ce que l’on ajoute à son patrimoine.

Le vrai sujet, pour moi, n’est pas de savoir si Bitcoin peut monter.

Le vrai sujet est de savoir si je serais capable de le conserver sereinement lors d’une chute de 50 %, 60 % ou 70 %.

Et ma réponse est non.

Parce que dans ces moments-là, je n’aurais pas de bénéfices, de cash-flow, de loyers ou de valeur d’entreprise auxquels me raccrocher. Je n’aurais qu’un prix, une conviction monétaire et une confiance collective à évaluer.

Or, en investissement, la capacité à durer est essentielle.

Ce qui permet de tenir dans les périodes difficiles, ce ne sont pas les slogans. Ce sont les fondamentaux.

Quand je détiens une entreprise de qualité, je peux revenir à ses résultats, à ses marges, à ses avantages compétitifs, et à sa capacité à créer de la valeur. Quand je détiens de l’immobilier, je peux revenir aux loyers, à l’emplacement, à la dette, au rendement et à l’usage.

Avec Bitcoin, je ne dispose pas de ces repères.

C’est pour cela que je préfère rester à l’écart.

À titre personnel, je n’ai pas besoin de posséder tous les actifs qui peuvent monter.

Je préfère rester dans mon cercle de compétence.

Je préfère des actifs que je peux analyser, valoriser, comparer et comprendre à partir de flux économiques.

Je préfère une stratégie patrimoniale construite autour de la production de valeur plutôt qu’autour de la variation d’un prix.

Cela ne veut pas dire que Bitcoin ne progressera pas dans les années à venir.

Je n’en sais rien.

Et je me méfie des certitudes absolues sur ce sujet, dans un sens comme dans l’autre.

Mais pour moi, le point central reste le même : Bitcoin n’est pas un investissement classique. C’est une exposition à une monnaie alternative très volatile.

À partir de là, chacun peut décider s’il souhaite ou non en détenir une petite part.

Mais il faut le faire avec les bons mots, les bons risques et les bonnes attentes.

Pour construire un patrimoine durable, je continue de privilégier ce que je comprends le mieux : les actifs productifs.

Le Bitcoin peut avoir sa place dans certaines réflexions monétaires.

Mais, à mes yeux, il ne doit pas être confondu avec le cœur d’une stratégie d’investissement.

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